À l’heure où la transformation data et IA s’accélère, des enjeux liés à la dette technique, apparaissent de manière flagrante. Face à cela, les entreprises doivent repenser leur organisation financière et technologique. Le DAF se retrouve désormais au cœur de cette mutation, désormais comme un acteur clé, à la croisée des décisions financières et technologiques. Entre maîtrise des coûts, valorisation de la donnée et arbitrages d’investissement, son rôle évolue vers celui de véritable pilote de la transformation.
Dans cette dynamique, Nathalie Grospiron, DAF à temps partagé et experte de l’accompagnement des PME et ETI en transformation, apporte un regard éclairant. Elle partage ici ses perspectives et recommandations sur un sujet devenu central : quand le DAF devient le pilote de la transformation.
1. La dette technique : Un frein invisible à la décision.
2. La dépendance aux éditeurs : Une dette cachée
3. Le coût de sortie : Un indicateur stratégique
4. Le DAF, traducteur entre finance et IT
5. Data et IA : Une révolution pour la fonction financière
6. IA : entre opportunité et risque ?
Nathalie DAF Externe, co-pilote de projet de transformation
« La dette technique n’est pas un sujet IT : c’est un risque financier. »
Longtemps considérée comme un sujet purement IT, la dette technique s’impose aujourd’hui comme un risque financier à part entière. Derrière la dette technique se cache un risque souvent invisible, mais potentiellement critique : celui de prendre des décisions sur des bases incomplètes ou erronées.
Pour Nathalie Grospiron, DAF à temps partagé, la frontière entre systèmes d’information et pilotage financier est désormais inexistante. Quel que soit le secteur d’activité, la donnée opérationnelle et la donnée comptable sont critiques.
Dans de nombreuses entreprises, la coexistence d’outils hétérogènes, mal intégrés, fragilise la fiabilité de la donnée. Résultat : les directions financières doivent composer avec des informations fragmentées, difficilement consolidables, qui rendent les arbitrages budgétaires incertains.
Données dispersées, outils non connectés, absence de consolidation fiable…
« Quand les systèmes sont vétustes, ce n’est pas seulement une contrainte technique. C’est une incapacité à piloter financièrement l’entreprise.»
Les entreprises se retrouvent à prendre des décisions budgétaires sur des approximations. Un risque financier majeur, souvent invisible jusqu’au moment où il devient urgent.
Au fil des années, les organisations construisent leurs processus autour d’un logiciel métier ou comptable. Résultat : une dépendance structurelle, rarement anticipée.
Pour Nathalie Grospiron, cette situation n’est pas anormale. Mais elle devient problématique lorsqu’elle n’est pas anticipée financièrement.
« Cette dépendance a un prix, qui apparaît au moment où l’on veut évoluer : renégociations, migrations, contraintes techniques… »
Autant de coûts réels, mais rarement modélisés. Autant de facteurs qui transforment un choix technologique en engagement structurel. Une dette silencieuse, rarement intégrée dans les modèles financiers initiaux.
Pour Nathalie, la solution commence dès la sélection :
L’une des erreurs les plus fréquentes consiste à évaluer un outil uniquement à travers son coût d’entrée. Or, pour un DAF, l’enjeu est ailleurs : comprendre le coût total de possession sur plusieurs années.
Nathalie cite des migrations étalées sur 18 mois, avec des coûts de parallélisme (faire coexister deux systèmes) atteignant plusieurs centaines de milliers d’euros.
« Le coût de sortie est une dette cachée qui s’accumule. »
Dans certains cas, maintenir le contrat en place reste la décision la plus rationnelle.
L’essentiel : décider en connaissance de cause.
Dans ces projets, Nathalie adopte une posture clé : celle de traducteur.
Les équipes IT connaissent les contraintes techniques, mais pas toujours la manière de les porter au CODIR.
Les équipes financières, elles, ne perçoivent pas toujours les implications techniques de leurs besoins.
« Les équipes IT identifient les contraintes, mais pas toujours leur impact financier. Et l’inverse est tout aussi vrai. »
Le DAF devient alors un facilitateur, il aide à:
Un rôle d’interface stratégique, indispensable pour arbitrer entre faisabilité technique et pertinence économique.
L’irruption de la data et de l’intelligence artificielle partout dans les entreprises, transforme profondément le rôle du DAF. Historiquement centré sur la production et la fiabilité des chiffres, il devient aujourd’hui un acteur clé de la décision.
Pour Nathalie, le DAF doit évoluer :
Mais cette évolution repose sur un prérequis essentiel : la qualité de la donnée. Et donc, une fois encore, sur l’état des systèmes qui la produisent.
On revient donc à la dette technique : le socle de tout.
L’intelligence artificielle ouvre des perspectives considérables :
Mais le risque l’est tout autant :
« Une IA nourrie de données mal structurées produit des analyses fausses, avec une apparence de précision qui les rend dangereuses. »
Elle introduit donc un risque majeur : celui de faire confiance à des analyses issues de données peu fiables.
Le rôle du DAF reste donc fondamental : garantir la qualité des données en amont, avant même d’exploiter les résultats produits par les algorithmes.
Un audit honnête, avant tout.
Le conseil de Nathalie :
« Posez-vous une question simple : suis-je capable de produire, en moins de 24 heures, une vision consolidée et fiable de mes indicateurs clés ? »
Si la réponse est non, c’est le premier chantier. L’IA, l’automatisation, le prédictif, viennent après.
Et surtout : ne pas rester seul.
Le DAF à temps partagé apporte une expertise externe, neutre, capable de faire le lien entre finance, systèmes et stratégie.
« Le DAF de demain est un pilote de la décision data-driven. Pas un technicien, pas un développeur »
Pour Nathalie Grospiron, la fonction financière entre dans une nouvelle ère.
La dette technique, la dépendance aux éditeurs, la gouvernance de la donnée, l’IA : ce sont les nouveaux territoires du DAF.
L’échange avec Nathalie Grospiron met en lumière une évolution profonde du rôle du DAF. Elle nous rappelle une idée clé : la dette technique, la data et l’IA sont désormais au cœur de la décision financière. Merci à Nathalie pour la clarté de son éclairage.